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Vincent de Beauvais et le Speculum maius

 

¬†Le Speculum maius du dominicain Vincent de Beauvais est sans conteste la plus grande encyclop√©die m√©di√©vale, h√©riti√®re des √Čtymologies d'Isidore de S√©ville, du mouvement naturaliste du 12e s. et des efforts d'organisation des chanoines de Saint-Victor. Elle met √† jour le savoir autoris√© pour le studium dominicain, en introduisant les ressources nouvelles de la science gr√©co-arabe. Ses trois parties Naturale, Doctrinale, Historiale, furent compil√©es entre Paris et Beauvais selon toute vraisemblance, dans les d√©cennies 1240-1250. L'oeuvre (compl√©t√©e avant la fin du si√®cle par un Speculum morale d'autre facture) connut un succ√®s consid√©rable jusqu'au 17e s. ; la plus grande diffusion fut celle de la partie historique, qui subsiste dans plus de 200 manuscrits.

 

Vincent de Beauvais a été chargé par son Ordre de présenter en un ensemble organisé la totalité du savoir, puisé à toutes les sources livresques accessibles, de l'Antiquité aux textes contemporains. Le but annoncé de l'ouvrage est d'aider à la connaissance du dogme, à l'instruction des moeurs, à l'interprétation de la Bible. C'est l'ordinatio de la matière qui est le meilleur titre de gloire de l'auteur, avec son effort incessant pour préserver la tradition et intégrer les apports indispensables de la modernité, sous l'influence très sensible de l'activité scientifique d'Albert le Grand, sans tomber dans le travers de la vaine curiositas.

Le Speculum naturale (32 livres, 3708 chapitres, plus de 150 auteurs et oeuvres cit√©s) expose, suivant l'ordre des six jours de la cr√©ation, la nature des choses et de l'homme, √Ęme et corps.

Le Speculum doctrinale (17 livres, 2354 chapitres, plus de 150 auteurs et oeuvres cités) est consacré aux sciences et aux arts par lesquels l'homme retrouve partiellement les biens perdus par la faute originelle (arts du trivium, sciences morales et politiques, arts mécaniques et médecine), philosophie naturelle, arts du quadrivium, théologie).

Le Speculum historiale (31 livres, 3793 chapitres, plus de 180 auteurs et oeuvres cités, sans compter les nombreux extraits de Vitae sanctorum) déroule les faits et gestes de l'humanité en marche vers son salut de la création au jugement dernier (le discours historique va jusqu'en 1244 ou 1254 selon les versions de l'ouvrage). Il existe des traductions française (Jean de Vignay c. 1332), castillane, catalane, allemande, flamande.

Plusieurs étapes dans la construction de cette oeuvre immense sont connues, de 1244 à 1259.

Le Speculum maius est une oeuvre dominicaine, s'insérant parfaitement dans le programme des études des studia de l'Ordre des Prêcheurs dans la première moitié du 13e s. Dépassé par les nouvelles attitudes intellectuelles de l'Ordre dans la seconde moitié du siècle, il servira sans doute plus dans les monastères bénédictins, et surtout cisterciens, que dans les couvents dominicains, mais l'histoire du Fortleben reste à écrire.

De la carri√®re de Vincent de Beauvais on sait qu'il a sans doute √©t√© sous-prieur du couvent de Beauvais fond√© en 1225 ; mais surtout il a √©t√© lecteur √† l'abbaye cistercienne de Royaumont, toute proche, et est devenu l√† un familier du fondateur, le roi Louis IX. Pour le roi et son entourage, il avait con√ßu le projet d'un opus universale politicum, qui n'existe que partiellement sous forme de trait√©s : un trait√© sur l'√©ducation des enfants nobles De eruditione filiorum nobilium (1247-50) et un trait√© sur la conduite du prince De morali principis institutione (1260-62). Sont aussi conserv√©s quelques ouvrages de doctrine et de spiritualit√©, caract√©ristiques de l'activit√© d'un fr√®re dominicain : De sancta trinitate ; Liber gratiae redemptoris ; Expositio orationis dominicae ; Expositio salutationis angelicae ; De laudibus beatae Mariae virginis ; De laudibus beati Iohannis evangelistae ; √©p√ģtre consolatoire √† la mort du prince Louis (1260), fils a√ģn√© du roi, Liber consolatorius ad Ludovicum regem de morte filii ; un Liber de penitentia (pseudo?).

Voir la synthèse : M. Paulmier-Foucart, M.-C. Duchenne (coll.), Vincent de Beauvais et le Grand Miroir du monde, Turnhout, Brepols, 2004 (Témoins de notre Histoire, dir. P. Bourgain), 371 p.

Voir aussi le projet Sourcencyme et les publications de l'Atelier sur l'encyclopédisme.


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